Une biologiste en mission au Cameroun

Une biologiste en mission au Cameroun
Thursday, August 3, 2023

Au début du mois de juillet dernier, Mélissa, biologiste au Zoo, préparait fébrilement ses bagages et s’embarquait dans sa première mission de 5 semaines au Cameroun, la sixième orchestrée par le Zoo depuis le début de cette initiative de recherche et de conservation en 2015. 

Malheureusement, depuis 2020, les professionnels de la conservation n’avaient pas pu remettre les pieds au parc National de Campo Ma’an, en raison des complications liées à la pandémie de COVID-19. 

Mélissa avait donc des objectifs précis en lien avec des projets qui avaient été initiés en 2018 et 2019, et beaucoup de pain sur la planche!

L'arrivée au Cameroun

Mélissa est arrivée au Cameroun le 4 juillet, dans la capitale de Yaoundé. Elle s’est ensuite dirigée vers le Parc National de Campo Ma’an (PNCM), au sud du Cameroun, où nous travaillons en collaboration avec le gouvernement camerounais, l’université Concordia et l’organisme FEDEC qui gère plusieurs aires protégées dans ce pays. 

L’intérêt pour cette aire protégée de 263 000 ha (5 X la superficie de l’ile de Montréal), outre la diversité qui s’y trouve, est la présence d’espèces en péril comme l’éléphant des forêts, le gorille des plaines, le singe mandrill, le chimpanzé et le pangolin géant, et les enjeux de conservation qui les concernent (industries d’huile de palme à proximité, commerce du bois, braconnage, fragmentation de l’habitat, comportement des communautés riveraines devant des animaux potentiellement dangereux ou dérangeant, conflit humains-éléphants, etc.).

Loin d’y faire du tourisme, Mélissa avait une longue liste d’objectifs à réaliser, sur un territoire où le moindre déplacement est compliqué! 

En voici les principaux:

  • Première rencontre des partenaires post pandémie;
  • Visite des projets en cours financés par le Zoo, dont l’initiative en apiculture chez les communautés en périphérie du parc (plus de 60 ruches), le Laboratoire de recherche en médecine vétérinaire, et le Centre de recherche en écologie animale;Collaboration à la recherche de WWF sur les zoonoses pouvant affecter les primates dans le parc;
  • Collaboration aux projets de l’université Concordia sur le suivi écologique des gorilles et le déplacement des éléphants en zones périphériques; 
  • Évaluer le potentiel écotouristique au PNCM et le rôle que le Zoo de Granby pourrait y jouer. C’est le African Wildlife Foundation (AWF) qui gère ce projet.

Depuis son arrivée, Mélissa a rencontré les principaux partenaires FEDEC, WWF, AWF, Université Concordia et le service de conservation du parc. 

Elle a également retrouvé les deux étudiantes de l’institution universitaire qui collectent actuellement les données pour leurs recherches : France étudie l’écologie des gorilles du parc dans le cadre de ses études doctorales, alors que Léa, étudiante à la maîtrise, étudie l’écologie et les déplacements des éléphants en périphérie du parc. 

La collaboration entre le Zoo de Granby et le département de biologie de l’université Concordia ne date pas d’hier, de nombreux projets de recherche conjoints ayant été initiés au Zoo et dans le milieu naturel depuis une dizaine d’années. 

En 2022, le Zoo et l’université signaient d’ailleurs une prolongation de l’entente liant les deux entités pour une période supplémentaire de 5 ans.

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Sur place, Mélissa a été à même de constater non seulement la beauté des lieux, mais les enjeux auxquels font face les populations riveraines : les conflits humains/animaux sont bien réels, particulièrement ceux impliquant les éléphants. 

Elle a pu voir d’elle-même les saccages causés par les pachydermes dans les plantations et les champs de culture. 

L’un des objectifs de la mission du Zoo de Granby au Cameroun est d’ailleurs de collaborer à trouver des solutions viables aux conflits entre les populations humaines et la faune. 

L’une de ces initiatives a été la conception et la mise en place de clôture de ruches anti-éléphants, les pachydermes ayant naturellement horreur des piqûres d’abeilles. Si le pari n’est pas encore tout à fait gagné, reste que la production et la vente de miel et de cire a contribué à favoriser l’économie locale en offrant une source de revenus alternative à la communauté.

Le journal de bord de Mélissa

Jour 1

« Ça y est, c’est aujourd’hui que ça se passe, on entre en brousse!

Les gens de la WWF nous ont gracieusement offert de nous conduire avec leur véhicule afin que nous puissions prendre la pirogue (comme nous sommes bien chargés avec les rations et le matériel d’échantillonnage, ce ne fut pas de refus!).

Une fois à bord de la pirogue avec France, Léa (étudiante à la maitrise de Concordia) et Moussa (l’écogarde qui nous accompagnait), on pouvait sentir l’excitation de tout le monde! 

Le capitaine s’est amusé à accélérer et à faire quelques virages pour en rajouter une couche!

La fraîcheur du vent, l’idée d’aller à la rencontre des gorilles, les fous rires, ce fut un beau moment! 

On nous a déposés sur l’île de Dipikar. De ce point, il nous fallait maintenant marcher environ 6-8 km afin de se rendre au camp de brousse servant de base aux pisteurs et aux scientifiques.

Le camp est rustique, mais on s’y sentait chez nous le temps de notre séjour dans la forêt tropicale! 

Le lendemain, on se met en route à 7h00 : je suis surprise par la densité de la forêt!

Quand les pisteurs cheminent dans la brousse et sentent qu’ils approchent des gorilles, ils font un son bien distinct avec la bouche afin d’avertir les gorilles de leur présence.

L’idée derrière la recherche sur ce groupe de gorilles est de les suivre tout au long de leurs activités quotidiennes sans les déranger et ainsi compiler des données scientifiques importantes.

France, étudiante au doctorat à Concordia University, a notamment collecté des échantillons de fèces retrouvées en suivant les gorilles afin de faire des études génétiques liées à son projet de doctorat.

C’est impressionnant de se savoir aussi près d’un tel animal dans son propre environnement même si ce n’est pas nécessairement facile de bien les voir avec toute cette végétation! »

Jour 2

« GROSSE journée à moto aujourd'hui, dédiée à visiter les ruches installées grâce à la contribution du Zoo de Granby. Je suis accompagnée par Simplice, qui possède un champ dans le village de Mabiogo, où le projet pilote des barrières de ruches anti-éléphants a débuté.

Son champ est très bien entretenu et diversifié (cacaoyer, plantain, cocotier, poivre, mangue, lime, goyave, …). 

Malheureusement, depuis mars 2023, les éléphants fréquentent très régulièrement son champ et ce, malgré la présence des ruches d’abeilles et de citronniers, qui sont connus pour garder les éléphants à distance grâce aux piquants sur la plante. 

Nous avons parcouru son champ, et les dégâts causés par les éléphants sont partout! Ils déracinent les palmiers pour manger le centre, idem pour les plantains. Ils arrachent l’écorce des manguiers, et cassent les branches des cacaotiers. Bref, les dommages sont là et sont bien réels!

J’ai ensuite relevé le défi d’enfiler l’habit d’apiculteur! 

Simplice arrive à bien vendre son miel et fabrique même des savons à partir de la cire et du miel! 

Il a d’ailleurs gagné des prix et continue de perfectionner sa technique afin de former davantage de gens pour qu’ils puissent faire de même. 

Il est la preuve que si les gens sont motivés et s’investissent, les projets peuvent bien fonctionner!»

Jour 3, 4, 5 et 6

« Du 22 au 25 juillet, j’ai effectué ma 2ème mission en brousse, cette fois-ci, pour relever les pièges photographiques nous servant à étudier les déplacements des éléphants et la diversité de la faune en périphérie du parc. 

C’est dans le cadre de la maitrise de Léa, étudiante graduée à l’Université Concordia, que j’apporte mon soutien. Nous devions relever 25 caméras en 8 jours. Les caméras sont à distance de 2 km chacune et ça peut prendre des heures pour les atteindre en brousse. Je l’a accompagné pour les quatre premiers jours.

Cette fois-ci, pas de camp confortable pour nous accueillir, on fait du camping! 

Chaque soir est un campement différent en pleine brousse africaine avec les éléphants, les singes et tout le reste! 

L’idée toutefois est de toujours être à proximité d’un cours d’eau afin de nous permettre de cuisiner et de se laver.

L’équipe était formée de Léa, de notre guide principal, ainsi que 4 porteurs (pour le matériel de camping, les rations de nourriture, les piles, des caméras de rechange, etc). 

Pour comprendre à quel point la forêt tropicale est dense ici, il faut y avoir déjà mis les pieds! Il est nécessaire que la personne qui mène la marche utilise une machette en permanence pour ouvrir un sentier relativement accessible! On croise souvent des cours d’eau (parfois on peut les traverser à pied, parfois c’est sur des ponts de singe ou souches couchées de part et d’autre du cours d’eau). 

Notre guide est toujours attentif aux signes potentiels de présence d’animaux (traces fraiches d’éléphants, par exemple), mais aussi parce que ça pourrait être dangereux de tomber face à face avec des éléphants et des buffles. 

On croise aussi beaucoup de marantaceae, ces arbres épineux qui déchirent littéralement la peau! Les lianes sont également toujours présentes pour nous surprendre en nous gardant coincé entre deux arbres ou en se mêlant dans nos pieds! 

Je ne crois pas qu’une seule personne de l’équipe ait réussie à faire le trajet complet sur ses deux pieds sans jamais tomber! 

Je suis très reconnaissante envers les porteurs d’avoir pris la charge de la majorité du poids!»

La journée typique en brousse

« La routine d’une journée typique en brousse :

  • 4h00 : Le guide se lève afin de préparer la pâte pour cuisiner les beignets qui accompagnent nos haricots tous les matins. On parle d’une pâte style pain, frite en boule dans l’huile. C’est étonnamment très bon!
  • 6h30 : Le reste de l’équipe commence à se lever et à préparer le déjeuner et l’eau chaude pour le café.
  • 7h00-8h30 : On mange pour avoir un peu d’énergie pour la journée, on défait le campement on et se prépare pour le départ.
  • 8h30-15h30 environ : La marche en forêt commence. Le guide ouvre le chemin et suit un azimut grâce à la boussole et au GPS que nous avons. Chaque caméra est une opportunité pour prendre une pause et se reposer un peu. Les batteries de chaque caméra sont changées de même que la carte mémoire. Le moment de la journée où on arrête dépend de l’accessibilité à la prochaine caméra et de la possibilité de camper près d’un cours d’eau.
  • 16h00 : Une fois l’emplacement du campement choisi, les gars s’occupe de défricher un petit bout de terrain pour qu’on puisse installer les tentes (c’est impressionnant tout ce que les gens peuvent faire ici avec une machette!). On monte les tentes et la cuisine! La cuisine de luxe comprend une bâche pour le toit, des lianes pour tenter de faire sécher les vêtements près du feu, une pile de bois pour cuisiner et d’autre troncs en guise de chaise! Une fois que le gros est monté, c’est normalement notre signal pour profiter d’un moment pour aller se laver et mettre nos vêtements de soirée « propres et secs ».
  • 17h00 : C’est l’heure du souper, car dans une heure, il fera noir. Au menu, pas une grande diversité, mais ce qu’il faut pour se remplir le ventre : riz avec sauce aux arachides et sardine, couscou avec sauce aux arachides et sardine, ou spaghetti avec sauce tomate et sardines! En extra, il est arrivé quelques soirs que les gars sortent pêcher! Nous avons donc pu ajouter des crevettes aux haricots du matin et faire du poisson et crabe bouilli! J’ai appris à manger le poisson à la Camerounaise, mais je ne suis pas encore prête pour les crevettes et les crabes qu’on mange en entier avec l’exosquelette….
  • 18h00 : Règle générale, c’est le moment pour un petit moment relaxe dans la tente. Il m’est arrivé de m’endormir pour la nuit peu de temps après, mais en règle générale, je suis ressorti pour profiter un peu du feu avec l’équipe! Mais comme c’est pas mal l’heure du coucher de soleil au Cameroun, et qu’il fait sombre très vite en brousse, l’envie de dormir vient assez tôt! »

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